PAscal paoli

Paoli par Dorothy
Le contexte des révolutions de Corse
Le soulèvement de1730 n’est pas dirigé contre la féodalité qui, en Corse, avait à peu près disparu, mais par son caractère rural et spontané, il s’apparente aux émeutes paysannes que l’on a appelées « jaqueries ».
Selon la tradition populaire, la révolte aurait eu pour origine le refus de « Cardone », un vieillard infirme et indigent du Boziu qui refusa de payer un supplément d’une « baiocca » (une petite pièce de cuivre) à un collecteur d’impôts impitoyable. Même s’il s’agit d’une image d’Epinal, l’affaire correspond à une réalité. Sur fond de mécontentement et de misère, les villageois prennent le parti de Cardone. L’événement le plus spectaculaire étant le sac de Bastia les 19 et 20 février 1730.
A partir de cette date, la révolte s’organise. Des triumvirs sont nommés : Luigi Giafferi, Andrea Ceccaldi, et l’abbé Carlo Francesco Raffalli. En mars 1731, le chanoine Erasmo Orticoni joue un rôle important au cours du congrès des théologiens d’Orezza. La révolte commence à prendre une ampleur internationale, les Génois sont contraints de faire appel à des troupes étrangères, notamment autrichiennes, et divers ouvrages, en italien, et en français témoignent de l’intérêt suscité par ces révolutions. Un nouveau notable Giacinto Paoli, le père de Clemente et de Pasquale, commence à s’imposer dès la deuxième insurrection, de 1733.
Son fils aîné Clemente prendra sa suite comme « chef des « malcontenti » (insurgés) de Corse ».
Dorothy Carrington et la « constitution » de Pasquale Paoli
Dorothy Carrington s’est surtout intéressée à l’œuvre législative du chef corse. Fait particulièrement remarquable, elle a été la première à faire redécouvrir à un public majoritairement anglo-saxon et universitaire, le talent de Paoli dans le domaine législatif et politique. Elle tient des conférences à Moscou, en Grande-Bretagne, en Floride et en Italie, publie « la constitution de Pascal Paoli » à partir d’archives conservées à Ajaccio, et d’articles publiés par la Société des Sciences Historiques et Naturelles de la Corse, comme l’attestent ses cahiers conservés à la Bibliothèque Fesch. Il convient de dire aussi qu’en 1970 (elle le reconnaît elle-même), Dorothy Carrington n’a pas encore eu le temps d’approfondir sa méthode de recherche historique, et d’étudier ce que Paoli doit à sa formation philosophique et juridique. A cette étape de sa carrière d’historienne, Dorothy n’a pas assez tenu compte du fait que Paoli est nourri du culte de l’Antiquité, de la philosophie de Machiavel, du républicanisme classique et de la défense de la liberté telle que l’exprime Cicéron, et qu’il s’appuie sur les institutions traditionnelles de la Corse pour la rédaction de la constitution.
Dorothy Carrington et James Boswell
Carrington connaît bien l’Account of Corsica de Boswell, elle en apprécie à juste titre l’importance. Elle affirme que Boswell a été le premier auteur à faire connaître la Corse au public lettré anglo-saxon. Carrington l’utilise pour démontrer que Paoli est un héros corse, comme Napoléon. Boswell, écrivain en devenir, a réussi à forcer la porte de Jean-Jacques Rousseau qui lui accorde une lettre de recommandation destinée au chef corse. En octobre 1765, il rencontre Paoli à Sollacarò, prend des notes de ses entretiens, et rassemble une riche documentation sur la Corse : des travaux qui vont aboutir à un ouvrage intitulé An Account of Corsica. Ce livre fut un véritable best-seller, non seulement par l’originalité et la nouveauté du sujet, mais par la qualité du portrait de Paoli saisi sur le vif, brossé avec un talent que salue Carrington. En 1768 et 1769, grâce à ce récit, Paoli fut célébré parmi les esprits éclairés d’Europe comme un héros du patriotisme et de la liberté, jusqu’aux colonies anglaises d’Amérique. On peut voir une série des cahiers de brouillon concernant ses recherches sur Boswell. D’ailleurs, dès 1984, dans le cadre de la Royal Society of Literature, et pour le British Council, Carrington fit une tournée de conférences à Florence, à Rome, à Gênes et à Milan qui avaient pour thème l’ouvrage de l’Ecossais. Ces cahiers citent une étude de l’éminent professeur américain de l’université de Yale, Frederick A. Pottle, qui avait publié son étude sur la jeunesse de Boswell, intitulée James Boswell. The EarlierYears 1740-1769, (Heinemann : London, 1966).
Dorothy Carrington et les Bonaparte
De 1969 à 1989, Dorothy Carrington prit le temps d’approfondir ses connaissances de l’histoire de la Corse, et d’affiner sa méthode afin de mieux respecter les critères des écrits scientifiques. Elle le fit en suivant attentivement les conseils d’universitaires chevronnés et en bénéficiant de leur savoir. Tels, en 1969 le professeur Albert Soboul, rencontré par hasard à Ajaccio à l’occasion d’un colloque organisé pour célébrer le bicentenaire de la naissance de Napoléon. A partir de ce moment-là, Soboul devient « un ami et un conseiller précieux ». Il l’aide matériellement et l’encourage à continuer ses recherches dans les archives nationales, françaises et britanniques. Le professeur John M.P. McErlean lui communique des documents inédits de Charles-André Pozzo di Borgo. Ce fut le professeur américain Harold T. Parker, de l’université de Duke (Caroline du Nord) éminent spécialiste de Napoléon, rencontré lui aussi par hasard à Ajaccio, qui l’invite à faire une communication à l’Université d’Etat de Floride. Carrington cultive aussi l’amitié d’autres universitaires de grande réputation, tels que l’Américain Helmut G. Koenigsberger, spécialiste des institutions parlementaires, et l’Anglais James John Rogister, de l’université de Durham, spécialiste du rôle du Parlement de Paris comme grand corps de l’Etat. C’est ainsi, qu’après avoir combiné son talent littéraire et un travail de recherche approfondi et opiniâtre, elle donne au public en 1988 son Napoleon and his parents on the threshold of history . Cet ouvrage sort du lot, dans un domaine pourtant submergé par des milliers d’études, et lui vaut l’éloge de Harold T. Parker. Ce dernier juge en effet que Napoleon and his parents « supplante tous les précédents récits de l’enfance corse de Napoléon et de ses études en France ».
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