L'Archéologie
"Des géants de Pierre"
S’il ne fallait citer qu’un seul site archéologique pour définir l’amour de Dorothy
Carrington à la Corse, ça serait celui-ci : Filitosa !
Tout au long de sa vie sur l’île, elle ne cessera de magnifier les monuments
mégalithiques de ce site. Elle y voit le symbole de la culture corse, le fondement
même de l’histoire de la Corse. Et pour cause :
C’est elle qui est à l’origine de la prise de conscience de la valeur archéologique
de ces statues de pierre.
Tout débute avec sa rencontre en 1947 avec Jean Cesari à Londres. Les récits
du jeune corse emplis de poésies, magies, mystères, légendes et de descriptions
d’étranges longues pierres, attirent l’écrivaine à découvrir par elle-même la Corse.
C’est en 1948, accompagnée de Francis Rose, qu’ils se rendent en Corse.
La rencontre avec la famille Cesari est une révélation de la culture corse.
C’est en compagnie de Charles-Antoine, cousin de Jean, au lieu-dit Petre Zucate /
Petre Scolpite, qu’une première statue-menhir est découverte : Filitosa I.
Ce monument, gisant au sol, au milieu d’un champ, est un émerveillement !
Francis Rose le dessine, tandis que Dorothy observe, cherche, décrit, écrit. Trois autres
« figures humaines », I Paladini, comme les appellent les Cesari, sont trouvées lors
de ce séjour (Filitosa II, III, IV).
« La révélation scientifique »
Dorothy Carrington informe la communauté scientifique de ses observations :
le commandant François Charles-Ernest Octobon, préhistorien de renom et expert
sur le mégalithisme, mais aussi Jean Leblanc, conservateur du musée Fesch, le comte
Peraldi, président du syndicat d’initiative d’Ajaccio, l’architecte Jean Pietri,
Jean Alesandri, vice-président de la Commission des sites de la Corse,
et Pierre Lamotte, directeur des Archives départementales.
Il faudra attendre l’année 1955, avec l’arrivée de Roger Grosjean en Corse,
pour que le site de Filitosa prenne une dimension scientifique facilitée par une aide
financière régulière du Conseil général de la Corse. La médiation des découvertes
est rapide et exponentielle : conférences, articles de presses, revues spécialisées,
etc. Elle ne cessera de clamer que ces monuments sont « l’expression d’un art
spécifiquement corse, seul art original que l’île ait produit ».
« La cité antique d’Aleria »
Dorothy Carrington s’est déplacée sans relâche en Corse sur les sites archéologiques.
Insatiable de compréhension, de curiosité et de contacts humains, elle se rend à Aleria
dans les années 1960. Elle y rencontre Jean et Laurence Jehasse qui entreprennent
des fouilles archéologiques sur le site, aujourd’hui site de référence de l’Antiquité corse.
Si les écrits et articles de presse conservés par Dorothy évoquent rarement Aleria,
son fonds iconographique est très riche et renvoie à un intérêt certain pour les lieux.
Les vestiges bâtis romains sont photographiés, tout comme la ville d’Aleria, l’église
paroissiale, le fort de Matra ainsi que certains bas-reliefs et du mobilier, notamment
les vases.
De plus, plusieurs photos dévoilent la complicité de Dorothy Carrington
avec les archéologues : sourires, discussion, travail commun.
Par ce fonds iconographique, on sent bien l’intérêt de Dorothy Carrington
de participer, à sa façon, aux travaux émergents, de fréquenter le cercle
des scientifiques et le milieu intellectuel des chercheurs.
« La curieuse »
Dorothy Carrington est une femme de terrain ! Elle a parcouru bon nombre de sites
archéologiques, notamment en visitant les statue-menhir de Tavera et de Ciamanacce,
les alignements de Pallaghhju et de Cauria, la carrière sur l’île de Cavallo, la Canonica.
Elle a manifesté un intérêt très fort pour les bergers. Elle s’intéresse à leur mode
de vie, leurs habitudes, leurs savoir-faire. Elle partage avec eux leur quotidien.
Elle aime découvrir les villages, y passer du temps, et retranscrire ses observations
dans ses publications, des articles de presse ou dans des conférences.
Cette curiosité naturelle qui la caractérise en fait aujourd’hui un témoin privilégié
de cette Corse des années 1950 et 1960.
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