Amoureuse de ses couleurs, de ses odeurs, de ses montagnes…
Elle est tombée amoureuse aussi des gens qui y habitent, ses bergers, ses paysans, ses pêcheurs, et toutes ces personnes qui façonnent leur regard et leur attitude dans cet environnement minéral et végétal singulier qui s’imprègne, hors de toute volonté, dans les caractères de ceux qui la vivent. Dorothy Carrington était curieuse.
Cette discussion en 1947, dans un restaurant de Londres avec Jean Cesari, renvoie à ces ambiances mêlées d’amitié et d’intellect. Un thème ressort de la discussion et les esprits s’envolent pour se perdre dans des lieux fantasmés.
La Corse ne cessera de hanter l’écrivain. Une envie inextricable de découvrir ces « pierres longues » décrites autour d’un repas… une envie de vivre ces légendes… une envie de s’immerger dans les mystères de cette île. L’arrivée en 1948 est une révélation. La rencontre avec la famille Cesari tout autant. Les premières statues-menhirs de Filitosa, couchées au sol, vont bouleverser la jeune femme. Elle y voit les valeurs insulaires, rudimentaires, comme elle se plaît à dire.
Les visages sculptés avec « leurs sourcils droits et leurs yeux profondément enfoncés » évoquent pour elle les portraits « véridiques » d’un type de Corse. Mais au-delà de ce bouleversement, Dorothy Carrington veut comprendre et veut partager ses observations. Et voilà toute sa force ! Elle ne se limite pas à son propre ressenti, elle prend attache avec des spécialistes, elle cherche à comparer, à dater.
Dès 1955, sa collaboration avec Roger Grosjean marque pour elle une sorte d’aboutissement. Une véritable étude archéologique avec une approche scientifique va être conduite. Les statues-menhirs vont ainsi être replacées dans un contexte chrono-culturel et rayonner auprès de la communauté scientifique. Filitosa marque le début de son intérêt pour la recherche archéologique en Corse. Son envie de découvertes va la conduire sur plusieurs autres lieux emblématiques. Ceci est d’autant plus troublant que les années 1960 initient des opérations archéologiques majeures.
Elle se rend ainsi sur plusieurs sites mégalithiques, mais elle s’intéresse aussi aux églises et leurs fresques tandis que les tours côtières ne la laissent pas indifférente. Dans ce décor, le site antique d’Aleria et les thermes de Santa Laurina vont la marquer. Sa rencontre avec Jean et Laurence Jehasse confirme sa volonté de se rendre sur les fouilles archéologiques en cours, afin de rencontrer les scientifiques et d’échanger avec eux.
La sélection de quelques-unes de ses photos personnelles et des documents présentés dans cette exposition témoigne de sa fougue, son énergie débordante, son ouverture vers les autres. C’était une période, mais c’était aussi son caractère, sa manière bien à elle de vivre la Corse qu’elle a su comprendre et chérir.