Napoléon et la valorisation de l’Antique : musées et publications
La redécouverte des sites antiques pose la question de la conservation des vestiges
La réunion des antiques va être rationnalisée dans des institutions : le musée du Capitole, à Rome, est le premier d’entre eux. Mais nul autre que Napoléon n’avait donné une telle ampleur à la valorisation de ces œuvres. Il va s’appuyer sur ce passé pour la construction d’un langage nouveau.
L’invention de l’histoire de l’art
Avec les fouilles d’Herculanum et Pompei nait l’élaboration de pratiques permettant de conserver les antiques et de les exposer. De savants chercheurs tels que Giovanni Battista Visconti ou Francesco Cancellieri vont étudier les vestiges et les confronter aux textes parvenus de l’Antiquité.
A partir de ces recherches, Winckelmann invente l’histoire de l’art, qu’il substitue aux « vies » d’artistes telles que les avait imaginées Giorgio Vasari. Il est le premier à demander à ce que les restaurations soient signalées pour que l’on ne confonde pas l’art du sculpteur avec celui du restaurateur.
A cette époque, on publie énormément : des catalogues de musées, de collections prestigieuses, et on confronte les œuvres entre elles , avec les textes qui les décrivaient, comme ceux de Pline . On commence à avoir une vision globale de la culture antique.
La compétition de Paris avec Rome et l’Italie
Napoléon va faire de la maîtrise du patrimoine antique les instruments idéologiques de son pouvoir. Il veut se légitimer comme héritier de la civilisation grecque et de l’Empire romain.
En érigeant symboliquement la Ville de Rome en seconde capitale de l’Empire français, en intitulant son fils et héritier roi de Rome, en reprenant la symbolique impériale romaine (aigles, foudres, lauriers, pourpre, arcs de triomphe…), il va construire un savant édifice historique et idéologique qui emprunte à l’Empire romain, à l’Empire carolingien et à la tradition monarchique française, mais aussi aux acquis de la Révolution.
L’héritage antique va être l’enjeu visible de cet affrontement : les collections du Vatican en feront les frais. Napoléon va faire transporter les antiques les plus célèbres de Rome au Louvre, qui devient le Musée Napoléon. Il fera même venir à Paris le très savant conservateur du musée du Capitole : Ennio-Quirinio Visconti , c’est un véritable Mercato !
La naissance du musée
Etymologiquement, le mot musée vient du grec Museion, du nom du temple dédié aux Muses bâtit sur la colline de l’Hélicon à Athènes.
Le musée « moderne » est né à Rome le 15 décembre 1471, lorsque Sixte IV dépose une collection d’Antiques qui appartenait à la papauté au Capitole.
Les missions de ce premier musée sont de permettre la diffusion de ses collections. Mais ce musée est encore une institution élitiste, à vocation esthétique et non pas scientifique, dirigée par des amateurs érudits et non pas encore par des conservateurs professionnels.
En 1733, le pape Clément XII Corsini achète la collection du cardinal Albani pour la présenter au Musée du Capitole que l’on va réaménager pour l’occasion, avec une muséographie plus pédagogique.
En France, il faut attendre la révolution française pour voir émerger l’idée d’un musée public, qui apparaît comme le sauveur des œuvres religieuses, monarchiques et féodales. Dès 1790, on voit naître la commission des Monuments, codifiant ainsi les premières instructions des règles de conservation et d’inventaire.
Puis, c’est grâce à ses victoires militaires que la France s’enrichit de nombreuses œuvres d’art. Si le nom de Napoléon reste attaché à cette politique de spoliation, il n’en est pourtant pas l’initiateur. C’est la Convention nationale qui propose dès 1794 cette solution aux vaincus pour payer leurs indemnités de guerre.
Le général Bonaparte poursuit cette politique lors de la campagne d’Italie. Devenu Premier Consul puis Empereur, il multiplie les réquisitions artistiques dans toute l’Europe et ordonne des travaux au Louvre afin d’accueillir et de présenter dignement ces trésors.
Napoléon et les musées : Le musée Napoléon
« Le Louvre ne sera jamais une habitation commode. Je le regarde comme un palais de parade dans lequel il faut réunir tout ce que l’on a de richesses en objets d’art et de sciences, comme statues, bronzes, tableaux, bibliothèques, archives, médailles… »nAPOLEON 1er
La création du musée du Louvre est décidée dès 1795. Auguste Cheval de Saint-Hubert, dit Hubert, premier architecte du Muséum, avait conçu un projet agréé en 1797, repris par son successeur Jean-Arnaud Raymond. Les salles du musée des Antiques occupaient les anciens appartements d’été d’Anne d’Autriche, sous la galerie d’Apollon.
Le 9 novembre 1800, le Musée des Antiques du Louvre ouvre ses portes au public, et un an plus tard, Napoléon vient inaugurer l'installation de l’Apollon du Belvédère au Louvre. Puis, en 1803, le musée central des arts devient le Musée Napoléon. Vivant Denon est nommé directeur du Musée, Dufourny conservateur des peintures, et Ennio-Quirinio Visconti conservateur des Antiquités.
Mais le Louvre sera bien plus que la collection du souverain des Français. Le nouveau projet muséal est d’en faire le Musée des arts de toute l’Europe.
Vivant Denon donne forme à la nouvelle institution, veillant à la présentation des collections. Les architectes Percier et Fontaine sont chargés d’aménager un musée des Antiques, d’édifier un escalier et un vestibule menant au Salon carré (qui subsiste aujourd’hui sous le nom de salles Percier et Fontaine) et de commencer les transformations de la Grande Galerie. En 1805, la majestueuse entrée du musée Napoléon est surmontée d’un buste colossal de l’Empereur par Bartolini.
Vidéo : Johann Joachim Winckelmann
Né en 1717 en Allemagne et issu d’un milieu modeste, Johann Joachim Winckelmann se forge une solide culture grâce à ses études. En 1748, il commence comme bibliothécaire du comte Henrich Brünau en Saxe. A Dresde, il publie en 1755 son premier ouvrage, Réflexions sur l’imitation des artistes grecs dans la peinture et la sculpture. Il obtient alors d’Auguste III, électeur de Saxe et roi de Pologne, une bourse pour lui permettre de continuer ses recherches en Italie. A Rome, Winckelmann est nommé bibliothécaire du cardinal Albani en 1758. Il visite les collections particulières (Farnèse, Barberini, Borghèse…) et voyage dans d’autres villes d’Italie, notamment à Naples dès 1758, pour voir les fouilles de Pompéi et Herculanum. Il est ensuite promu surintendant des Antiquités, et enfin bibliothécaire et scripteur de la bibliothèque du Vatican. Grâce à ces différents postes, à ses voyages et à ses recherches, Winckelmann écrit de nombreux ouvrages. En 1762, il publie une « Description des pierres gravées de feu baron de Stosch », des « Remarques sur l’architecture des Anciens », puis en 1763, une « Dissertation sur la capacité de sentir le beau dans l’art et sur la pénétration de celui-ci ». Tous ces ouvrages lui servent de base pour écrire son chef-d’œuvre « Histoire de l’art chez les Anciens », publié en 1764. Il définit l’art grec comme étant d’une « noble simplicité et calme grandeur ». Winckelmann est considéré comme le fondateur de l’histoire de l’art, qu’il substitue aux « vies » d’artistes telles que les avait imaginées Giorgio Vasari.

