La découverte de l'antique
Le retour à l’Antiquité au XVIIIème et la redécouverte des sites antiques, Herculanum et Pompéi
Le XVIIIeme siècle européen est l’acmé de la référence à l’Antiquité classique, que ce soit en politique, dans les lettres ou dans les arts : c’est grâce à la découverte en 1738 d’Herculanum, et en 1748 de Pompéi. Tous les vestiges de ce passé glorieux sont exhumés et exposés, puis des fouilles systématiques seront organisées.
Des références communes, un langage commun
Marqués par ces découvertes, abreuvées aux grands thèmes de l’Europe des Lumières, engagés dans les expériences politiques de la Révolution et de l’Empire, les élites occidentales de la fin du XVIIIème siècle et du début du XIXème siècle font constamment référence aux grands textes de la Grèce et surtout de la Rome antique.
Les Antiquités grecques et romaine étaient pour eux un langage commun, propre à illustrer le discours politique qu’ils étaient en train de mettre en place. Ce langage commun se retrouve dans « le grand Tour », qui conduit les élites anglo-saxonnes et germaniques vers Rome et Naples pour un voyage initiatique leur permettant d’apprendre en Italie les formes et les significations de l’art antique. Ils gagnent un moyen de se reconnaitre entre eux comme adeptes de la civilisation la plus avancée, la plus cosmopolite, la plus cultivée : de vrais adeptes du progrès et des Lumières…
Les Corses, image moderne des peuples antiques
Dans le cadre du grand Tour, certains aristocrates anglais ajoutent une étape corse à leur voyage, comme le comte de Pembroke, qui vient rencontrer Pascal Paoli et dont il rapporte le portrait peint par Rotigliardi dans son château de Wilton House.
On considérait alors la Corse comme une terre antique, non pas tant par ses monuments, car les vestiges d’Aleria sont très mal connus, mais par les mœurs de ses habitants marqués par la frugalité, le dédain du luxe et des biens matériels, l’honneur et le dévouement total à la patrie, notamment sous Pascal Paoli.
Les Européens retrouvent dans l’île les vertus de la Rome républicaine, tandis que certains (dont James Boswel) vont jusqu’à comparer Corte, capitale de la Corse indépendante, avec Sparte.
Les Corses, déjà au temps de Paoli, avaient une vaste culture classique : ils étaient capables de citer un nombre impressionnant d’auteurs latins, qui étaient, avec les auteurs des Lumières, la base de leur culture politique.
La culture classique des Bonaparte
Cette culture savante, Charles Bonaparte la maîtrise, comme tous les membres de l’élite corse, mais il va la perfectionner à Pise et à Rome, et ses références fréquentes à Métastase montrent qu’il en connaissait les réemplois dans la culture italienne contemporaine. Les prospectus de l’école de Brienne nous apprennent que Bonaparte, comme tous ses petits camarades, a été formé par l ’« exemple des héros de l’Antiquité », car « l’histoire peut devenir pour un jeune homme l’école de la morale et de la vertu ». Le petit Napoléon formé à Ajaccio à l’école de l’abbé Recco, celui-là même qui répartissait ses petits élèves entre Romains et Carthaginois, ne devait pas être trop dépaysé. D’autant que l’exemple des hommes illustres de Plutarque, ou des héros de César et de Tite-Live , il en rapportait des malles entières lors de ses permissions à la Maison Bonaparte. L’Ecole militaire de Paris a dû le conforter dans son goût pour les modèles de l’Antiquité où il retrouvait ces Caton, Scipion et autres Cincinnatus, auxquels les voyageurs européens, britanniques surtout à la suite de Boswell, comparaient Paoli et ses contemporains. Le modèle antique est donc le filigrane qui suit le jeune Napoléon dans toute sa carrière, jusqu’à
« C’est une femme antique, elle est au-dessus des révolutions »NAPOLEON
Souvent, Napoléon compare sa mère à Cornélie, mère des Gracques : « C’est une femme antique, elle est au-dessus des révolutions ». À la maison Bonaparte, un portrait de Letizia, mère de l’Empereur, corrobore ce propos. C’est un buste dont l’original a été réalisé par l’un des plus grands sculpteurs du Néoclassicisme, Antonio Canova , et qui rappelle les représentations des impératrices romaines.
À Sainte Hélène, l’Empereur déchu lit et commente à son auditoire La conjuration de Catilina, Les Gracques, Les commentaires de Jules César, la Médée de Sénèque. Consultant une édition de Strabon qu’il avait fait rééditer sous les auspices de l’Institut, il explique qu’il souhaitait rééditer ainsi tous les classiques. Toujours à Sainte-Hélène, lors d’une discussion relative à la destruction et à la redécouverte d’Herculanum et de Pompéi, Napoléon explique que si Rome était restée sous sa domination, il aurait fait restaurer tout ce qu’il était possible.
lE RôLE DES AUTRES BONAPARTES
Les autres membres de la famille Bonaparte maîtrisent également ces références à l’Antiquité. Ils joueront d’ailleurs un rôle important dans la valorisation du patrimoine antique.
En tant que reine de Naples, Caroline va encourager les fouilles de Pompéi . Sous son règne, jusqu’à six cents ouvriers travailleront en même temps sur le site archéologique. Elle continue ainsi l’action de son frère Joseph, auquel elle a succédé après le départ de ce dernier pour le trône d’Espagne. Le peintre Wicar l’a représentée tenant les plans de ce qui est aujourd’hui le musée archéologique de Naples.
Fait prince par le Pape, Lucien va trouver sur ses terres de Canino des vestiges et des objets étrusque, culture qu’il sera l’un des premiers à découvrir et à mettre en valeur.
Élisa en exil dans le nord de l’Italie, paiera sur sa cassette les fouilles d’Aquileia, qui comptait près de deux cent mille habitants sous l’Empire romain. Enfin, en constituant le fonds de la bibliothèque Fesch, sans doute Lucien Bonaparte et le cardinal Fesch voulaient-ils que les Corses, et les Ajacciens en particulier, soient aptes à connaître le vocabulaire de tous les intellectuels, artistes et hommes politiques du temps. Raison pour laquelle les collections de la bibliothèque patrimoniale regorgent de références sur l’Antiquité, allant des ouvrages sur les monuments antiques à ceux sur les fouilles archéologiques, en passant par les traités d’architecture et les livres d’histoire de l’art, sans oublier les œuvres majeures de la littérature antique et italienne.
Vidéo : Les fouilles d’Herculanum
Selon la mythologie, Herculanum aurait été fondée par Héraclès. Ses origines grecques sont prouvées grâce aux remparts datant de cette époque ainsi que par sa disposition urbaine. En 63 de notre ère, lors du tremblement de terre qui bouleversa la Campanie, la ville fut fortement frappée. Puis, le 24 août 79, Herculanum fut submergée par un immense fleuve de boue brûlante du côté de la mer, ainsi que par la nuée ardente du Vésuve, qui recouvrit la totalité de la ville et ses habitants. La population a cherché à s’enfuir, mais fut prise au piège par les évènements. Les fouilles de la ville mirent au jour une architecture urbaine, des peintures murales, des mosaïques et des objets incroyablement conservés. La boue solidifiée qui a recouvert la ville avait protégé du temps tous les éléments qui se décomposent naturellement avec le temps. La première fouille débuta en 1709, par un prince de la maison de Lorraine, dénommé Elboeuf. En 1738, les fouilles de la cité d’Herculanum furent systématiquement reprises sous le contrôle de la Cour royale de Naples. Dix ans plus pour tard, Pompéi commença elle aussi à être explorée. En 1750, Charles de Bourbon, alors roi de Naples et de Sicile, décida de construire une suite de pièces dans son palais de Portici afin d’y recevoir les trouvailles. A sa demande, Ottavio Antonio Bayardi, antiquaire, écrit le Prodromo delle antichita d’Ercolan, un catalogue d’objets trouvé à Herculanum au cours des premières fouilles. Puis, l’Académie royale d’Herculanum, fondée par le marquis Tanucci, supervisa la production entre 1757 et 1796, de l’ouvrage en 9 volumes intitulé Antichità di Ercolano.

