Christine de Suède
Mémoires concernant Christine, reine de Suède, pour servir d'éclaircissement à l'histoire de son règne [...] suivis de deux ouvrages de cette savante princesse, qui n'ont jamais été imprimés [...]. Tome premier ;
Auteur :Johann Archenholtz (1695-1777)
Editeur : Chez Pierre Mortier. A Amsterdam et à Leipzig
Provenance : Fonds Cardinal Fesch
« Christine, née avec un génie rare, aima mieux converser avec des savants que de régner sur un peuple qui ne connaissait que les armes. Elle se rendit aussi illustre en quittant le trône, que ses ancêtres l’étaient pour l’avoir conquis ou affirmé. Les protestants l’ont déchirée, comme si on ne pouvait pas avoir de grandes vertus sans croire à Luther ; et les papes triomphèrent trop de la conversion d’une femme qui n’était que philosophe. Elle se retira à Rome, où elle passa le reste de ses jours dans le centre des arts qu’elle aimait, et pour lesquels elle avait renoncé à un empire à l’âge de vingt-sept ans ».
Voltaire exprime dans ces quelques lignes sa fascination pour cette femme exceptionnelle et si peu conventionnelle.
Le second livre traite des caractéristiques et des arômes du vin selon qu’il soit jeune ou mature. Le troisième livre parle des valeurs nutritionnelles et curatives tout en alertant sur les effets de l’ivresse.
Christine de Suède (1626-1689), fille unique du roi de Suède Gustave II Adolphe, fut élevé comme un prince et reçut une éducation très soignée. Elle monta sur le trône à 6 ans en 1632 en tant que « Roi » de Suède pour abdiquer à l’âge de 27 ans en 1654. Avant d'abdiquer, elle parvint à mettre fin à la Guerre de Trente ans par le traité de Wesphalie et à interdire la chasse aux sorcières. Pendant son règne, Christine favorise le développement des arts, des lettres et des sciences. Elle fait construire écoles, théâtres et bibliothèques.
Très érudite, elle invite à la cour des artistes et des intellectuels dont le grand philosophe René Descartes. Elle accueille également le peintre montpelliérain Sébastian Bourdon et le nomme premier peintre de la Reine.
Il réalise plusieurs portraits d’elle, dont le plus connu se trouve actuellement au musée du Prado de Madrid. Même s’il a été inspiré par Bourdon, le portrait réalisé par le graveur hollandais Pieter Tanje nous montre une Christine de Suède moins académique, à mi-corps, regardant directement et avec franchise les spectateurs, et les gratifiant d’un léger sourire taquin.
En dessous du portrait gravé, on peut lire quelques vers de la femme de lettres française Madeleine de Scudery (1607-1701) :
« Christine peut donner des loix
Aux Cœurs des vainqueurs les plus braves
Mais la terre a-t-elle des Rois
Qui soient dignes d’en estre Esclaves ? »