Les Corses et l’Antique :
















Les corses et l'antique

Les Corses, déjà au temps de Paoli, avaient une vaste culture classique: ils étaient capables de citer un nombre impressionnant d’auteurs latins, qui étaient, avec les auteurs des Lumières, la base de leur culture politique. Napoléon Bonaparte : « M. Paoli, dont la sollicitude pour l’humanité et ses compatriotes fit le signe distinctif (…) fit un moment renaitre au milieu de la Méditerranée les beaux jours de Sparte et d’Athènes. Cette culture savante, Charles Bonaparte la maîtrise, comme tous les membres de l’élite corse, mais il va la perfectionner à Pise et à Rome, et ses références fréquentes à Métastase montrent qu’il en connaissait les réemplois dans la culture italienne contemporaine. Les prospectus de l’école de Brienne nous apprennent que Bonaparte, comme tous ses petits camarades, a été formé par l ’ « exemple des héros de l’Antiquité », car « l’histoire peut devenir pour un jeune homme l’école de la morale et de la vertu ».
Le petit Napoléon formé à Ajaccio à l’école de l’abbé Recco, celui-là même qui répartissait ses petits élèves entre Romains et Cathaginois, ne devait pas être trop dépaysé. D’autant que l’exemple des hommes illustres de Plutarque, ou des héros de César et de Tite-Live, il en rapportait des malles entières lors de ses permissions à la Maison Bonaparte. L’Ecole militaire de Paris a dû le conforter dans son goût pour les modèles de l’Antiquité où il retrouvait ces Caton, Scipion et autres Cincinnatus, auxquels les voyageurs européens, britanniques surtout à la suite de Boswell, comparaient Paoli et ses contemporains.
Le modèle antique est donc le filigrane qui suit le jeune Napoléon dans toute sa jeune carrière. Comme l’écrit Eric Miceli dans le catalogue, en parlant des lectures des Corses au temps de Pascal Paoli : « Les Antiquités grecques et romaines sont un espace commun à tous, elles représentent des valeurs absolues permettant de penser le politique comme les chiffres rendent possible la conceptualisation de la physique. De même que la langue latine, les références antiques sont un langage commun partagé par tous au-delà des frontières politiques. Que l’on soit Suédois, Anglais, Français, Espagnol ou Italien, Catilina demeure inlassablement la figure du comploteur contre l’État. … Néron, lui, représente partout en Europe la personnification de la tyrannie. »
La référence à l’Antique est le vocabulaire de tous les intellectuels, artistes et hommes politiques du temps. Sans aucun doute Napoléon, Lucien Bonaparte et leur oncle le cardinal  Fesch voulaient-ils que les Corses, et les Ajacciens en particulier, soient aptes à parler couramment ce langage alors universel qui est l’une des bases idéologiques de l’Empire.